Un film et une installation transmédia sur les objets de nos grands-parents.
LE PROJET :
Huit adolescent·e·s de collèges franciliens partagent un travail d’archéologie familiale et intime. Dans une salle de classe dont les murs sont recouverts d’anciennes cartes de géographie superposées, ielles prennent la parole pour nous montrer et nous raconter l’histoire d’un objet appartenant ou transmis par leurs grand-parents.
À travers la description de ces bijoux, médailles, vêtements, à travers la lecture de passages de livres, de recettes de cuisine ou de codes de bonne conduite, ielles dévoilent les relations qu’ielles entretiennent (ou non) avec leurs ancêtres. Des histoires souvent méconnues ou fantasmées et pourtant très en lien avec la réalité des élèves. Au sein de l’institution scolaire, origines, traditions et langues maternelles se dévoilent.
L’acte est ici politique : celui de faire entendre à l’école des histoires individuelles qui ne sont pas valorisées dans le milieu scolaire. Elles sont souvent gommées et contraintes par les attentes normatives d’une institution qui ne reconnaît pas la diversité culturelle de ses élèves comme une richesse individuelle et collective. Face caméra, les enfants se saisissent de leur héritage avec fierté et tendresse, parfois avec doute et colère.
Thémis et Erva, au travers des objets de leurs grands-mères, prennent chacune conscience des différences qui distinguent leur adolescence et la jeunesse de leurs grands-mères.
Chelsy nous montre les quelques photos rescapées de l’incendie qui a détruit la maison de sa grand-mère en Côte d’Ivoire.
Pragash, tenant son objet religieux hindouiste, avoue ne rien connaître de la guerre civile du Sri Lanka, qui est à la cause de l’exil de son propre père.
Si James tient avec fierté la médaille militaire de son grand-père, un Mauricien envoyé faire barrage pendant la guerre de Palestine, son regard change, quand il comprend, face caméra, que son grand-père servait avant tout les intérêts de l’empire colonial britannique.
Enzo nous décrit le banga qu’il aimerait construire dans son jardin à Noisy-le-Grand, alors qu’il tient une représentation miniature d’un banga, un cabanon qui constitue un rite de passage mahorais que les jeunes garçons construisent pour devenir des hommes.
Vladimir lit une recette que sa grand-mère ukrainienne lui préparait, tandis que Sofiane souhaiterait hériter du bracelet kabyle de sa grand-mère, pourtant destiné à sa sœur.
Dans un geste ritualisé, chaque élève scanne son objet en 3D, par la technique de photogrammétrie. Une manière de perpétuer son héritage pour les générations futures, dans une sauvegarde numérique qui veut dépasser les limites de la matière. Dans le film, les prises de parole s’entrecroisent avec une galaxie constituée de tous ces objets scannés, rassemblés au même endroit, comme les histoires individuelles qui cohabitent au sein d’une classe. On déambule à travers les échelles infinies de cette matière numérique. On explore leurs formes, on découvre les détails des textures, on traverse leurs surfaces… Un film qui montre comment des adolescent·e·s découvrent et s’approprient l’histoire de leurs ancêtres. Certain·e·s souhaitent s’en détacher, d’autres la perpétuer et l’intégrer à leur identité de futurs adultes.
En : Chelsy, Enzo, Erva, Pragash, and Vladimir are middle school students in Paris and its suburbs. They bring objects from their grandparents to class and gradually discover surprising things about their origins. In a digital ritual, they scan these relay objects in 3D to perpetuate this heritage.

L’INSTALLATION VIDÉO POUR LES LIEUX CULTURELS
Pour diffuser ces témoignages, nous avons conçu une installation vidéo pour les lieux culturels avec les scénographes Marion Flament et Jimee Cloo.
Celle-ci a été inaugurée en octobre dernier à la Maison des métallos, théâtre de la ville de Paris. Elle a vocation à tourner dans les prochaines années.
L’installation est composée de 7 modules rectangulaires en tasseaux de bois recyclés à la réserve des arts. Associés ensemble, ils forment un cercle de 5,5 mètres de diamètre et laissent un espace libre pour permettre la circulation à l’intérieur. Pour des questions de sécurité, l’installation est lestée par 14 sacs de sable faits à la main, et teints en bleu. Au centre de chaque module, est accroché un écran TV de 27 pouces. Tous les écrans sont de taille identique.
Le spectateur est invité à rentrer au centre de la structure. Il écoute les témoignages d’un ado qui parle de l’objet de ses ancêtres. Sur les autres écrans, on peut découvrir l’objet en question selon différentes perspectives. Quand le témoignage s’arrête, un prochain témoignage démarre sur un autre écran TV. La durée totale est de 26 minutes.
Sur un grand mur situé derrière l’installation, on peut découvrir un film en 3D. On déambule dans la galaxie d’objets, avec en fond, la musique originale de Gabriel Marguerie, scientifique et planante.
L’installation a été conçue pour rappeler la forme des logiciels de modélisation 3D comme «Métashape».
